
Le foyer Saint-Jacques a été confié à l’association Emmaüs pour accueillir les sans-abris du canal Saint-Martin. Une expérience qui a duré 6 mois. Dans le bâtiment, il y avait deux structures différentes, un foyer Emmaüs de 60 personnes animé par Mustapha B. et un groupe autogéré, « les enfants du canal » constitué de 25 personnes.
Cette expérience, limitée dans le temps se déroula avec une légèreté inhabituelle. L’équipe, les hébergés et les intervenants sont arrivés presque en même temps dans le bâtiment. Ensemble, ils ont inventé un mode de fonctionnement. L’équipe de La Parole errante, dans son travail au foyer, était nourrie par les évènements du canal. Mustapha B. avait le désir que les traces soient gardées de cette aventure. Dans une salle au premier étage, nous avons installé un atelier de sérigraphie qui produisait des affiches autour de la question du « mur ». Dans le foyer, nous avons réalisés des enregistrements de trajets individuels pour rendre compte de la façon dont le rhizome Saint-Jacques s’était construit.
Un rhizome c’est quoi ?
« À la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’un ni au multiple. (…) Le rhizome n’est fait que de lignes : lignes de segmentarité, de stratification, , comme dimensions, mais aussi lignes de fuite ou de déterritorialisation comme dimension maximale d’après laquelle, en la suivant, la multiplicité se métamorphose, en changeant de nature (…). Le rhizome est un système acentré, non hiérarchique et non signifiant, sans Général, sans mémoire organisatrice ou automate central, uniquement défini par la circulation d’états. »
Gille Deleuze in Mille Plateaux
La Particularité des lignes qui se croisent au foyer Saint-Jacques est qu’elles s’inscrivent dans les problèmes que la société n’arrive pas à régler : la violence, la guerre d’Algérie, la banlieue, la DDASS, le mariage, la prison…et qu’elles continuent à s’inscrire dans la détresse qui les a enfantées…Chacun est référé à son état de non-signes. Il n’est plus ce qu’il était, il n’est pas encore ce qu’il fera. Il devient le spectateur de l’accumulation des dénies en suspens
Introduction au catalogue