
«Ce que nous avons appris du surréalisme c'est que plus on est différent des autres, mieux on est armé pour fraterniser avec eux. La révolte profonde du surréalisme contre l'expositioncoloniale est l'un des aspects les plus méconnus. Sur le plan de la découverte du monde, cen'est pas un hasard si l'amour des cultures étrangères dominées est de la même trempe quel'amour de la folie, et que les résistances soient de la même trempe dans les deux cas.Comment suis-je devenu surréaliste ?. Quand j'étais tout petit, il y avait des petits journauxillustrés, avec des images horribles de nègre présenté comme des personnages épouvantableset ça m'a beaucoup frappé. J'ai gardé l'amour de ces gens présentés comme des sauvages et dessanguinaires. L'idée du bourrage de crâne ne marche pas avec moi. Alors on découvre que lamouvance surréaliste se trouve naturellement dans cette position de résistance à la logique de haine, à cette oppression de l'homme par l'homme.»
Lucien Bonnafé.
En 2003, nous étions partis des membres du groupe de « l'affiche rouge » qui avaient «inventé », en 1942, une manière d'être immigrés en France en devenant résistants.
En 2004, nous avions suivi Evariste Galois, Auguste Blanqui et Gérard de Nerval à la prison Sainte-Pélagie pour nous rendre compte que pouvait se croiser dans la marge, le meilleur.Dès lors, nous avions cherché quel sens donner au mot insertion.
En 2005, nous avons décidé de nous faire compagnons des surréalistes et de leur thèse reprise par Lucien Bonnafé - l'amour de la culture des autres est le meilleur rempart contre les pensées totalitaires - en plaçant le geste de l'accueil au centre de notre travail.
En 1931, les surréalistes demandent le boycott de l'exposition coloniale à Paris. Ils sont les poètes et les peintres en révolte contre le système colonial et avec eux, les fondateurs de la pensée de la négritude : Aimée Césaire ou Léopold Sédar Senghor. En février 2005, l'Assemblée nationale vote un texte d'orientation où il est dit : «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française en outre-mer et accorde à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issue de ce territoire la place éminente à laquelle ils ont droit ».
Entre ces deux dates, une classe de la Mission Générale d'Insertion composée de jeunes étrangers en attente d'un statut clair: Elisabeth, Fabienne, Mody, Mohamed, Mansour, Sidy, Esdras, Dado, Djegui, Sylvie,Gael, Natacha, Souleymane, Alou, Leyong, Ayhan, Amina, Manman...
Avec eux, nous avons exploré les différents sens du mot accueil :
- en essayant de reconstituer les étagères de la bibliothèque d'André Breton... Chaque élève arrive avec la culture de son pays. À peine arrivé, ce viatique se trouve malmené. Ils doivent souvent repenser leur désir de formation en fonction d'une échelle qui leur est inconnue. Sur les étagères d'André Breton, la seule échelle indispensable est ce qui noue une carte-paysage avec la parole d'un poète. Le paysage sera une affiche accompagnée d'un texte-chemin qui y mène.
- en leur demandant d'écrire leur trajet... Chacun cherche sa place dans les mots. Dans la classe de la mission générale d'insertion, plusieurs langues s'ajustent. Elle est un point de rencontre de cultures le plus sou-vent orales - peul, lingala, bambara, swahili, tamazight... - avec le français.
- en invitant à venir témoigner au collège, tous ceux qui sont en prise aujourd'hui avec la question de l'accueil... Leur venue a dessiné une géographie de leur présence à Paris. Pour « foyer », le directeur d'un centre d'hébergement d'urgence Emmaüs ; pour « square », un de ceux qui sont allés à la rencontre de jeunes Afghans qui n'avaient trouvé d'autre abri qu'un square près de la gare de l'Est ; pour « école », un membre du Réseau Education Sans Frontières pour évoquer les récentes mobilisations qui ont eu lieu dans de nombreux établissements scolaires ; pour « occupation », des membres du 9ème collectif de sans-papiers. Pour «foyer » encore, le résident d'un foyer de travailleurs migrants où il a entièrement reconstruit sa vie.
- en leur proposant de filmer à l'extérieur de l'école ce qui fait le quotidien de l'accueil qu'ils reçoivent.
- en leur proposant d'enregistrer et de filmer les discussions qu'ils ont entre eux au collège. La part d'un dialogue décomplexé et débarrassé du vouloir bien dire...
Les trajets des élèves racontent que nous sommes entrés dans une autre époque. La fin du cloisonnement des nations. Le besoin et la volonté de se déplacer des individus. La mise en place d'une histoire commune. Ils sont les fragiles porteurs de ce mouvement qui nous dépasse et dont nous avons voulu témoigner cette année.
Introduction au catalogue.
