2004 - Mission générale d'insertion du lycée Jean Jaurès, Montreuil :
Paroles, sons et images arrachés à la pesanteur du mot "insertion" sous le regard d'Auguste Blanqui, Gérard de Nerval et Évariste Galois

Réalisation :
atelier de sérigraphie avec les élèves (conceptions d'affiches), ateliers d'écriture, ateliers chants catalogue relatant les travaux.



Catalogue édité par La Parole errante (2004).

Commander le catalogue (191 pages): 20€ + frais de port




Un contexte

À la mission générale d'insertion de l'établissement scolaire Jean Jaurès, 42 adolescents se retrouvent, 42 lignes de vie se croisent. Notre pari : en faire la possibilité d'un récit, d'une narration. Pour cela, partir de trois noms (Blanqui, Nerval,Galois), d'une histoire et des questions qu'elle peut aider à formuler aujourd'hui. Comme par exemple, se demander avec les élèves de la Mission générale d'insertion c'est quoi la « marge » ?, c'est quoi le « centre » d'une société ? Faire travailler des mots et des textes, une force étrangère à l'école, moins pour fuir son contexte que pour en complexifier la compréhension. Fragiliser son cadre sensible en multipliant les regards et les points de vue. Le rendre à la vie, aux vies qu'il abrite. Un détour, donc, un décalage. Sortir du réalisme de la salle de classe où nous sommes amenés à nous retrouver pendant plusieurs mois ; l'approcher comme on approche la page blanche. Créer un désordre, une turbulence en proposant la rencontre avec d'autres mots, d'autres langages une grammaire peut-être plus vivante que celle des cours. Le travail, c'est d'abord le déploiement de cette rencontre entre une histoire, un groupe et un contexte ; ensuite, le relevé progressif par voie d'affiches, de textes de ce qu'une telle rencontre permet de voir, d'entendre et de dire.

Suivre un mot : « insertion »?


C'est la troisième année consécutive que la Parole errante intervient dans le cadre de la Mission générale d'insertion de l'établissement Jean-Jaurès, à Montreuil. Pour nous, c'est une façon de poursuivre un travail dans la ville, d'y tendre un miroir.D'où l'intérêt d'intervenir aussi à l'école. Un lieu comme les autres. En même temps, un lieu qui comporte sa part d'ombre, deszones de marginalité. La Mission générale d'insertion en est une parce qu'elle accueille des élèves temporairement sortis du cursus scolaire « normal » et d'autres nouvellement arrivés en France qui y cherchent une place. Marginalité redoublée dans l'institution puisque cet espace d'accueil à l'intérieur du lycée reste difficilement visible, peu connu. Quel peut être dans cecontexte le sens du mot « insertion » ?

La question n'était pas nouvelle, mais s'est imposée à nous avec son langage et ses présupposés. Alors que nous voulions travailler là comme ailleurs, avec ces « élèves » comme avec n'importe qui d'autre, la pesanteur du lieu nous a rattrapé. Il fallait y plonger; c'était cela ou arrêter. Nous avons donc décidé d'aborder directement la question, de mesurer l'écart entre unmot, « insertion », et les différentes réalités qui se le disputent. Le programme s'en est trouvé inversé ; nous partions cette fois d'un langage donné (celui de l'institution) avec le risque d'une écoute stérile, qui ne bouge rien. Cette crainte était fausse, car le langage de l'institution n'est pas aussi assuré de lui-même qu'il fermerait d'emblée toutes les portes du sens ; il ne sait pas toujours ce qu'il nomme. Nous y avons vu une chance pour continuer le travail. Nous nous sommes dit : suivre le mot« insertion », longer ses différentes significations possibles, enquêter ensemble. D'où l'idée de croiser les points devue, de mettre en scène les différentes voix qui participent à la définition de ce mot ou qui en subissent les effets.Et, à partir de l'horizon étroit de la classe, faire se rejoindre ce qui est souvent séparé pour reconstituer; sous l'abstraction du mot,un dialogue.

Voix des élèves qui disent comment ils sont arrivés là, ce qu'ils veulent ou attendent. Voix du personnel de la Mission généraled'insertion qui interroge sa place dans le lycée. Et puis à côté de ces voix prononcées depuis l'école, des voix extérieures, prononcées depuis le monde du travail, par ceux qui ont accueilli cette année des élèves de la Mission en stage professionnel.
Enfin, il y a le résultat des travaux menés avec les élèves. Un journal qui cherche à raconter ce qui s'est passé pendant le travail,ce qu'on peut voir à partir de cette classe où nous nous sommes réunis pendant plusieurs mois. Les ateliers d'écritures qui abritent ce qui échappe au contexte de la Mission et de l'école, tout en continuant de s'y inscrire. Et puis les ateliers « affiches » et« chant » qui, menés à l'extérieur du lycée, réussissent peut-être le mieux à saisir la présence véritable des élèves. À montrer ce qu'il y a sous les mots et le fonctionnement d'une institution, les vies qui cherchent à s'y inventer. A échapper à la pesanteur.

On l'a dit, le moyen, c'était le travail sur la vie et les mots de Blanqui, Nerval et Galois. Ce travail n'a pas été abandonné, mais effectué parallèlement au travail d'enquête sur le mot « insertion ». On l'a dit aussi, ce travail a été plus difficile que prévu, l'ordredes priorités s'étant comme inversé. Comme si le contexte avait résisté avec tout le poids de son langage. Qui disait qu'il y avait pour les élèves des choses plus urgentes que d'apprendre à se déchirer à partir des histoires et des textes que nous avionsapportés avec nous. Nous pensions néanmoins que sans cet écart, l'interrogation risquait de tourner à vide, à une expertise ou àune sociologie qui n'étaient pas de notre ressort. Nous avons donc accepté ce déséquilibre et couru malgré tout derrière les trois noms avec lesquels nous avions engagé l'aventure de cette année. Espérant que des effets de lecture et d'écho se manifesteraient dans l'hétérogénéité du travail accompli...

D'où le plan adopté pour ce catalogue reprenant les éléments de l'exposition présentée à l'intérieur du lycée Jean-Jaurès. La première partie se compose uniquement des résultats des ateliers d'écriture menés avec les élèves. La seconde partie présente les différents chemins suivis pour questionner ce qui émergeait semaine après semaine. Les mots face à un contexte, la parole et le réel. Et puis, au creux de cet affrontement (peut-on parler de travail d'écriture pour cette aventure plus large que le geste d'apposer des mots sur le papier ?), peut-être l'histoire traversée par les élèves de la Mission générale durant l'année 2003-2004.


Introduction au catalogue.



Ce travail a été réalisé par Stéphane Gatti . Remerciements à l'équipe de la mission générale d'insertion et aux élèves qui ont participé à ce travail. Archives et documentation : Reyzane Benchiha. Journal et entretiens : Pierre-Vincent Cresceri. Sérigraphie : Benjamin Gatti. Ateliers d'écriture : Sandrine Charlemagne, Patrick Garcia, Dahmane Boukelif . Atelier chants : Sarah Franco-Ferrer. Conception du catalogue : Cécile Geiger. Producteur délégué : Jean-Jacques Hocquard. Stagiaire : Daphné Piquet. Remerciements : Jacqueline Badel.


Ce travail a été produit par La Parole errante et la Mission général d'insertion du lycée Jean Jaurès de Montreuil. Avec le soutien du Ministère de la Culture (DRAC Île-de-France), de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, du Conseil régional de l’Île-de-France, du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et de la direction du travail et de l'emploi et de la formation professionnelle (Fonds social européen).

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