Les Voyages de Don Quichotte
Exposition.
Montreuil à La Parole errante, juin 2001 à mars 2002

Photographe : Paolo Gasparini - © : La Parole errante





Cette exposition a été présentée dans les locaux de La Maison de l’arbre à Montreuil entre juin et décembre 2001.
L'exposition a été lancée pour le début des travaux d’aménagement de la Maison de l’Arbre. Une exposition-réponse à la question : « Avec quels mots, avec quelles images inventer un lieu culturel… ».



Deux catalogues d'exposition ont été réalisé :

Commander le premier catalogue ( 222 pages ) - le second est épuisé - 15€ + frais de port 







Avant-propos édité dans le premier catalogue de l'exposition :


La Parole errante dispose d'un lieu à Montreuil. Ce lieu, nous sommes en train de le construire. Matériellement : les travaux sont lancés, une équipe d'architectes s'y consacre. Imaginairement, poétiquement : l'exposition « Les voyages de Don Quichotte » dresse l'inventaire des possibilités de fonctionnement d'un lieu culturel.

L'exposition comporte vingt lieux. Les arbres, l'anarchie, la bibliothèque en sont... Et rangés dans chaque lieu, des livres, des textes, des enregistrements sonores, des décors et des images. Entreprise thomiste construire un cloître avec vingt cellules. Chaque cellule est marquée d'un chiffre dans l'ordre de la connaissance et chaque mur renvoie à ses sources

arborescences qui mêlent le passé aux injonctions vivantes du présent et de l'avenir. Construire sa mémoire, n'est ce pas construire la connaissance ? Cette équivalence, les kabbalistes de la Renaissance l'ont posée et représentée comme un théâtre.

Aujourd'hui, le travail du physicien nous conduit à envisager la figure de l'auteur sur le modèle de l'observateur. Et nous avons fait de Gramsci « l'observateur auteur» qui met en route ce théâtre. Pourquoi ? Parce qu'il dessine une trajectoire dans le temps dont nous sommes encore redevables. Avec les outils qui furent les siens et ceux de son époque (la praxis, les conseils ouvriers, la résistance intellectuelle à travers l'étude et l'écriture en prison), il continue de signifier un certain écart, un déplacement encore fécond : s'extraire de l'isolement propre à chaque forme d'activité et de discours pour rejoindre le foyer d'une vie plus générale, plus partagée. Pour « l'intellectuel organique » défini par Gramsci, la pensée n'est pas séparée mais intéressée par les autres activités qui l'entourent, l'accompagnent ou la contredisent. L'activité intellectuelle prend corps et se déploie sur cette rumeur sous jacente. Puissance commune et anonyme, elle est la vie même qu'il faut sans cesse retrouver dans nos rapports : " Tous les hommes sont des intellectuels..."

Le geste de Gramsci (qui le conduit à quitter l'université pour participer aux conseils ouvriers, ou encore qui transforme l'expérience carcérale en expérience de vie) n'est pas isolé : il éclaire la cohorte des autres prisons et libérations qui ont suivi. L'exposition les met en scène : Tulle, où Gatti, jeune résistant, échappe de peu à la mort Long Kesh, en Irlande, où des militants de l'IRA font de la grève de l'hygiène un acte de résistance ; le camp de Châteaubriant, transformé en véritable université par ceux qui allaient fournir le groupe des vingt trois fusillés ; la Loubianka de Nestor Makhno et la Modelo de Durruti à Barcelone, où les militants emprisonnés reçoivent une formation intellectuelle et morale décisive. Chaque fois, dans l'épreuve de la limite, ils sont retournés à l'essentiel pour tisser des liens, partager des savoirs, échanger des connaissances. Et par là renforcer la capacité d'une communauté à s'instituer elle même.

Ni oracles, ni pythies, ces personnes ont eu, lorsque l'époque l'imposait, une posture juste en revenant au fondement de l'être commun. Dans l'exposition, Gramsci n'est donc pas seul. Sous le même toit, la voix d'Antonio Negri tend l'arc de ceux pour qui l'existence est un questionnement critique adressé à une société étouffée par le consensus. « Dans quel but? Pour reconstruire cet état d'émulation collective, cette joie de la transformation, ce bon goût du savoir commun » (A. Negri), et formuler, malgré tout, une alternative aux tragédies de l'histoire.


L'exposition ne bâtit ni un martyrologe, ni un musée des réprouvés. La nécessité de décloisonner les savoirs, de construire des voies singulières liant les disciplines et les expériences sociales signent son origine. Sous le regard tendre d'Antonio Gramsci, se retrouvent ceux qui ont bousculé leurs propres repères pour en chercher d'autres et les confronter à l'épreuve du monde.


Pour nommer ce mouvement libéré de ses amarres vers de nouveaux continents (sortir, s'en aller...), nous nous en remettons à Jacques Rancière, pour qui « toute distribution du savoir est une intervention poétique ». Transporter des questionnements spécialisés vers des territoires auxquels ils ne sont pas destinés, provoquer la rencontre d'individus et de groupes que tout sépare : autant de tentatives pour déplacer les limites et les frontières d'un présent dans lequel nous agissons, sentons et réfléchissons tous. En quoi une telle intervention, un tel déplacement sont ils « poétiques » ? C'est qu'ils bouleversent le paysage général des certitudes, des habitudes, des sensations, des regards et des écoutes. Ils animent et renouvellent ce que nous tenions pour la scène « réelle » de notre vie. « Poétiques » aussi parce que le principe de tout cela, ce sont des mots (donc des idées, des connaissances, des affects...) et la façon dont ils perturbent la distribution autoritaire des corps, des places et des fonctions. Là, ces vocables si malmenés, vagues à force d'usure, « savoir » et « connaissance », gagnent sans doute une évidence de sens, recentrés à nouveau au milieu de tout. Peut être s'inscrivent ils dans ce que Gatti appellerait « la recherche d'un nouveau langage d'univers ».


Stéphane Gatti, Pierre Vincent Cresceri et Nicolas Bersihand.




Manifestations au sein de l’exposition :

L’Enclos
: Poème. Mise en scène par Michel Simonot. Présenté à Barcelone, Lisbonne, Thionville, Paris et à Montreuil dans le cadre de l’exposition Les Voyages de Don Quichotte.
L’Internationale
, texte d’Armand Gatti mise en scène par Sarah Franco-Ferrer dans le cadre de l’exposition Les Voyages de Don Quichotte.
La Passion du général Franco par les émigrés eux-mêmes
, texte d’Armand Gatti mise en scène par Stéphane Arnoux dans le cadre de l’exposition Les Voyages de Don Quichotte.
Disdascalie se promenant seule dans un théâtre vide
, texte d’Armand Gatti lu par l'auteur.

Conférences / rencontres avec Jean-Pierre Faye, Madeleine Reberioux, Jean Chesnaux, les poètes Julien Blaine, Claude Faber et Bertrand Cantat, les philosophes François Julien et Miguel Abensour, les scientifiques Francis Bailly, Guy Chouraqui, Etienne Klein, Michel Blais, Jean-Marc Lévy-Leblond, ...




Cette exposition a été conçue par Stéphane Gatti avec la collaboration de Pierre-Vincent Cresceri,
Nicolas Bersihand.

Ce travail a été produit par La Parole errante.
Avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de l'Éducation nationale, de la Délégation interministérielle à la Ville, de la Direction Régionale des Affaires culturelles d'Ile-de-France, de la Préfecture de la Seine-Saint-Denis, du Conseil Régional de l’Île-de-France, du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, du Centre national de documentation pédagogique de l'Université de Paris VIII et du musée d'Histoire vivante de Montreuil.